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Témoignages de « Manchistes » 2022

ANTOINE BRABANT

« Le Flow des Gabarriers est une course magnifique »

Une descente de 33 km bien loin d’être un enfer !

Avril 2022, j’entame la dernière ligne droite de ma préparation de la traversée de la manche… je dois taper fort et prévoir un mois de juin avec un forte charge d’entrainement. Je m’organise un 8 heures en piscine, trouve deux stages où un 6 heures est organisé… Parfait, mais il me manque une épreuve pour clôturer en beauté ce mois de juin et pousser une dernière fois la machine dans ses retranchements.

Je pars donc en quête d’une épreuve très longue distance en France… mais pas grand-chose à se mettre sous la dent.

Un 10 km labélisé ? Pour la natation en général et l’eau libre, je trouve ça génial que ces épreuves se démocratisent. Plus de courses en eau libre veut dire plus de gens qui peuvent tester les grandes distances ce qui signifie que plus de personnes peuvent se dire « la vache, ce n’est pas si difficile que ça les 10 bornes ! » et enfin entamer un cercle vertueux pour la natation en eau libre.

J’ai fait une ou deux courses de ce type dans ma préparation, mais ce n’est pas la compétition que je recherche, mon ego en a trop pris un coup ! J’ai ce souvenir, à Quiberon, sur un 10 km, de voir Axel Raymond (champion du monde sur 10 et 25 km) me coiffer au poteau sur la ligne d’arrivée… bon,  moi il me restait encore deux boucles de 2 km à faire quand lui terminait gentiment son 10 km, mais quand même J

Bref, je recherche du très long et surtout sans trop me prendre la tête. J’ouvre machinalement le site de la fédération, refouille une dernière fois les courses disponibles et tombe, comme par magie, sur une info que je n’avais pas encore vue… le Flow des Gabarriers, 33 km, juin 2022. Mais comment j’ai pu zapper ça !?

Alors je creuse le sujet et je découvre au fur et à mesure une magnifique épreuve, le long de la Charente, au départ de Châteauneuf sur Charente jusque Cognac… en plus pas trop loin de chez moi. Je prends !

Dément ! enfin une course atypique. Je décide de contacter l’organisateur pour mieux comprendre toutes les subtilités de l’organisation d’une telle épreuve. Waouh, il me répond dans la matinée et nous convenons d’échanger par téléphone.

Je comprends vite que j’ai affaire à un passionné. Tout est hyper bien ficelé, c’est rassurant car j’ai beaucoup de questions : logement, accompagnement, ravitos etc… tout est prévu et anticipé !

Seul problème, d’habitude, les courses en eau libre sont très souvent des boucles avec ravitos à la fin de chaque circuit. Ici, c’est une « descente » de 33 km le long de la Charente, il faut donc être accompagné par un kayak pour la sécurité mais également pour les ravitos. La seule question que je me pose c’est « mais qui va accepter de venir m’accompagner sur cette dinguerie pendant 8,9 ou 10 heures ».

Petite annonce sur ma page Facebook et en une heure j’ai un message d’une amie, Catherine : « c’est bon t’as tes deux kayakistes ». Top ! c’est donc Fred, le mari de Catherine et Arnaud, deux passionnés de kayak, qui m’accompagneront sur cette épreuve hors norme.

L’intérêt de cette course est double pour moi : tout d’abord je peux me tester sur 10 heures de nage à allure « traversée de la Manche » et deuxièmement, je peux enfin adapter mes ravitaillements en condition réelle.

Le jour J est arrivé. L’ensemble des participants se retrouve sur le bord du fleuve avant le top départ.

Je suis surpris que nous soyons si peu nombreux en maillot, l’eau est à 21°, c’est presque de l’eau chaude !

Je me sens serein, je sais que j’ai la capacité à terminer cette course, l’objectif est vraiment de réaliser une répétition générale avant « la Manche » et de plus je suis hyper heureux que ce soit Fred et Arnaud qui m’accompagnent.

Le départ est donné et nous nous élançons tous dans la Charente.

En quelques minutes certains prennent déjà le large. Pour ma part je fais un départ « sur la réserve », nous sommes partis pour une journée de nage, je ne vais pas me fatiguer tout de suite.

Je regarde ma montre au bout d’une petite heure… 1.10 au 100 m ! Ce qui est très loin de mes performances habituelles. J’ai complètement sous-estimé le courant qui nous porte. C’est tellement confortable de nager à cette vitesse sans appuyer. Car oui, c’est une particularité du Flow Des Gabarriers, le courant nous porte de façon très avantageuse.

En revanche c’est moins marrant pour mes accompagnateurs, je m’aperçois qu’il pleut, par période, des trombes d’eau. Alors perso, je m’en fou je suis déjà mouillé ! Mais pour mes deux accompagnants du jour c’est pas terrible. Mais j’ai la chance d’avoir des gens passionnés avec moi, ça passe tout seul pour eux et avec le sourire.

Une autre particularité du Flow Des Gabarriers est de passer les écluses, de mémoire, il y en a 3 et 5 barrages à passer. Pas le choix, il faut sortir de l’eau pour replonger… et la toute première pique un peu, je l’avoue : l’échelle à attraper est assez haute et je dois fournir un bel effort pour poser un pied sur le premier barreau. De plus, j’ai pris 18 kg pour la Manche, ce qui ne m’aide pas vraiment dans mon agilité et ma grâce. De l’extérieur, je pense que la scène doit être très rigolote à observer.

Je trouve ça hyper fun ces passages où l’on sort de l’eau, on peut croiser les bénévoles, échanger deux trois mots, plaisanter et repartir… et surtout les remercier ! J’aime ces moments-là et c’est très important pour moi. En tant que bénévole parfois, je suis souvent déçu par l’attitude de la grande majorité des participants sur de la CAP ou triathlon, qu’ils soient premiers ou derniers d’ailleurs. Je vous promets qu’un petit geste, un petit sourire et un petit merci, ça fait beaucoup de bien à un bénévole.

Sur la seconde écluse, vers les 2 heures de nage, je commence à croiser les premiers abandons.

Je suis surpris de voir ce « Golgoth » (ce qui dans mon jargon fait référence a un gars taillé en V, chez moi le V est plutôt à l’envers), à l’expression du visage vide et portant sur ses épaules une couverture de survie. Ce qui me pousse immédiatement à la réflexion : « ça sent l’hypothermie, ce n’est peut-être pas mal quand même, 18 kg en plus pour supporter le froid »

Les kms et les heures se suivent et se ressemblent. Je suis heureux, dans l’eau, je ne force pas, je me sens à l’aise et j’espace désormais mes ravitaillements toutes les 40 minutes (toutes les heures sur les 3 premiers heures).

C’est sur ces pauses sur lesquelles je suis hautement vigilant, il faut que je les cale au maximum sur ma traversée de la Manche c’est-à-dire que mes ravitos doivent être le plus rapide possible : d’après les pilotes qui accompagnent les nageurs sur la Manche, une pause d’à peine 2 minutes c’est, en fonction des courants, prendre le risque de reculer de 300/400 mètres, et sur 42 km de nage, cela peut se payer cher !

Alors je me force à ne pas dépasser une minute pour chaque ravitos et d’être toujours en mouvement. Je teste plein de solutions, je suis là, en parti, pour ça : produit d’effort, compote de bananes, barres salées, barres chocolat, pate de fruit et même purée de pomme de terre. Je sortirai de l’eau en me disant : « ça y est, j’ai une totale confiance en mes ravitaillements pour la Manche ». Pour la petite anecdote, je me « taperai » un super hachi parmentier en plein milieu de la Manche.

A environ 5 heures de nage, à la sortie d’une écluse, je suis très surpris de croiser cette jeune nageuse, qui doit également tenter la Manche en aout, le regard livide à côté d’une ambulance et portant une couverture de survie. Elle m’expliquera que le froid lui donne mal à la hanche et que s’arrêter la pousse à l’hypothermie.

Je replonge dans la Charente. Ouf, elle me doublera 40 minutes plus tard et terminera cette course.

Tout se passe bien jusqu’à 06h00 de nage. Je commence à ressentir une vilaine douleur à l’épaule droite. Je suis obligé de me poser la question : « A deux mois de la traversée est ce que je dois vraiment continuer cette course ? ».

Je ne suis pas un « nageur », j’ai commencé la natation à 38 ans et j’ai une très mauvaise technique ce qui m’expose beaucoup plus que les autres à ces problèmes physiques. Mon bras droit va chercher bien trop loin sur le côté et, sur de grandes distances, me procurent cette douleur très forte aux ligaments de l’épaule.

Je décide de continuer. La douleur est importante et persistante pendant 1h30. Je m’arrête pour un ravito, repars et… Miracle, la douleur est partie. Encore aujourd’hui je ne sais pas comment l’interpréter. Sur mes 14 heures de traversée sur la Manche, je n’aurai jamais ce souci. Etrange cette faculté du corps humain à s’adapter à la douleur et la contrainte.

Dernier barrage, ça y est, la course touche à sa fin. Avant de sortir de l’eau je fais un petit état des lieux : je suis heureux, en pleine forme, je n’ai plus de douleur et je n’ai jamais été en difficulté sur le froid. Je pense que c’est la course la plus facile que j’ai faite pendant toute ma préparation.

Le Flow des Gabarriers est une course magnifique. Tout d’abord l’environnement de la Charente est grandiose de par la diversité de ses paysages. Ensuite c’est une course parfaitement organisée, rien n’est laissé au hasard, c’est très appréciable pour un participant.

Ah oui, un jour peut-être, quand le Flow Des Gabarriers fêtera sa dixième édition, la légende racontera que, lors de la toute première édition, un gars est sorti de l’eau au bout de 08h20 de nage, souriant, et aura couru vers la buvette pour boire une bière. Vous qui avez lu ces lignes vous saurez que cette légende est vraie.

Bon, même si j’avoue que je me suis trompé de stand entre la buvette et le ravitaillement de fin de course qui était en face. On m’a mis une bière dans les mains, je n’allais pas la refuser, si ??

Marion Joffle

« Ces 33 kms représentent ma plus grande épreuve d’eau libre à ce jour !! »

Il est 5h15 lorsque que le réveil sonne. Il est l’heure de se préparer, d’enfiler son maillot et de finaliser les ravitaillements !
6h05, avec Anthony, mon copain et mon kayakiste du jour, nous nous dirigeons vers l’arrivée de l’épreuve, sous une pluie battante !
6h30, le bus part direction Châteauneuf sur Charente avec à son bord, de nombreux nageurs trempés.
Nous arrivons vers 7h10 sur le lieu du départ.
Je commence à me tartiner de vaseline pour les frottements entre ma peau et le maillot, à mettre mon bonnet et mes lunettes. Je garde quelque chose de chaud jusqu’au départ à 8h.
Anthony est prêt, sur son kayak et sur l’eau.
13 nageurs en solo, et seulement une petite poignée sans combinaisons
8h le start est donné, certains courent, d’autres marchent pour se jeter ensuite à l’eau !
Et c’est parti !
3 écluses et 5 barrages à franchir.
C’est avec une cadence un peu trop rapide que j’entame ce 33km l’émulation du groupe sûrement.
Je suis réellement bien dans l’eau ! J’ai même chaud… Mais…
Première écluse, premières galères.
La sortie d’eau est compliquée et surtout longue. Il faut sortir le kayak puis le remettre dans l’eau. Avec le mauvais temps et l’air frais, le froid se fait ressentir.
Puis je retourne à l’eau et retrouve ma cadence. Le ravitaillement se déroule à peu près correctement. En effet, il n’est guère facile de diriger le kayak et de mixer les compotes à la boisson ! Mais Anthony fait de son mieux et gère comme un pro !
Deuxième écluse, erreur de trajectoire.
Les kayaks se dirigent vers l’écluse et non sur le barrage prévu pour leur passage.
2 mètres de haut pour sortir les kayaks de l’eau ! Une remise à l’eau très lente ! J’ai attrapé froid… Mais je suis retournée à l’eau de nouveau pour essayer de me réchauffer.
La machine est relancée et je repars sur un très bon rythme.
3e écluse bien traversée !
Direction maintenant le 1er barrage avec 15km déjà sur les bras !
20e kilomètre, ce que je redoutais le plus est arrivé. Mes hanches… Mes hanches sont devenues douloureuses, comme l’année dernière.
Est-ce le froid lors des sorties d’eau ? Est-ce mécanique ?
Je me concentre et serre les dents.
21e kilomètre, 3e barrage. Je décide de prendre une pause. Je repose mes hanches, les étire. J’ai été recouverte d’une couverture de survie poir éviter de me refroidir davantage que je ne l’étais déjà.
30 minutes après je repars après 4h45 d’effort.
Et là, enfin, la douleur s’estompe ! Je nage vraiment bien avec de belles sensations.
Anthony m’envoie tout son soutien, m’encourage !
Plus que 10km, puis 9 puis 8 et enfin 7km.
Vient le 4e barrage.
Je peine à sortir de l’eau et dois forcer sur mes jambes, et la douleur est revenue.
Je replonge à l’eau, et j’essaie tant bien que mal de ne pas y penser. Il était hors de question d’arrêter maintenant.
5km avant le dernier barrage, les 5km les pires de toute ma vie en eau libre.
31km, 5e et dernier barrage. Je n’arrive pas à me mettre debout sans l’aide des bénévoles, je marche doucement jusqu’à l’entrée.
Plus que 2km, Anthony hurle et m’encourage de toutes ses forces !
J’accélère, les bras tournent, les jambes s’activent et je serre les dents !
7h56. Je touche enfin l’arrivée. Je sors, et cours jusqu’à la fin ! C’est avec le regard livide que je suis recueillie et ensuite prise en charge par les secouristes ainsi que par un masseur. Un massage bien douloureux mais très efficace pour réduire la douleur !
33kms. Ces 33 kms représentent ma plus grande épreuve d’eau libre à ce jour !!
Je suis réellement fière de moi, je peux le dire. 2 mois à peine avec L’Arctique. Mon corps est vraiment incroyable !
C’était la première étape avant la grosse épreuve !
Maintenant place à la récupération
Merci infiniment à Anthony, pour m’avoir accompagnée et soutenue dans cette belle épreuve de 8h ! Merci infiniment
Merci Le Flow Des Gabarriers pour cette belle manifestation dans un cadre magnifique, merci à l’organisateur Grégory ainsi qu’à tous les bénévoles
Le Pingouin souriant qui a bien récupéré

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